Mon projet de naissance.
Il a été pensé depuis bien longtemps. Des années.
Il était parfait, tout vu, tout conçu, tout prêt.
Il n'attendait que toi.
- Je voulais pouvoir accoucher, en position physiologique, dans une petite maternité bienveillante à côté de la maison. Manger et boire à ma guise.
Te donner la vie dans une piscine, debout, accroupie, sur le dos pourquoi pas, tant que c'est moi qui choisissais.
- Je ne voulais pas de péridurale.
Je voulais pouvoir bouger à ma guise, répondre à la douleur pour m'adapter pour vivre ce moment aussi intensément que j'estimais devoir le vivre.
Ne pas te laisser faire tout le travail tout seul mon bébé. T'accompagner.
- Je voulais qu'on ne m'infantilise pas, moi la primipare, ne faisant pas partie du personnel soignant: qui ne sait donc rien.
- Je ne voulais pas non plus d'épisio, cet acte barbare et non physiologique. Confort du médecin, douleur de parturiente. Mon corps, lui seul, déciderait s'il est nécessaire qu'il s'adapte à sa façon.
- Je ne voulais pas de déclenchement, chose encore plus barbare à mes yeux pour toi mon tout petit. Ces contractions si fortes pour te forcer à sortir.
- Je préférerais avoir une césarienne pour te laisser venir sans souffrir, et subir pour deux.
- Je voulais te garder tout contre moi pour la délivrance, les soins qui me seraient nécessaires.
- Je voulais qu'on évite de te l'éloigner de moi. Au diable la pesée, les mesures, tout ça peut attendre.
- Te donner la tétée de bienvenue, quel meilleur moyen de t'accueillir au sein de notre famille qu'en mon sein?
- J'aurais voulu une sortie précoce. Pour être tranquilles tout les trois à la maison. Nos repères, en prendre de nouveau au plus vite. Ne pas me sentir épiée, surveillée, pour ne pas perdre ma confiance en moi.
C'était sans compter sur la Vie, cette farceuse.
Elle, elle vous a envoyé à nous.
Comme si pour ce premier enfant, que l'on imaginait unique, tout était trop carré, tracé, vu, prévu.
Et il a fallu tout repenser.
Pour deux.
- Il existe très peu de maternité de niveau 1 acceptant les gémellaires.
- Et il existe aussi très peu de maternité de niveau 2 qui pratique une autre façon d'accoucher que le standard sur le dos, pieds dans les étriers, harcèlement à la péridurale, épisiotomie ni vue ni connue. Chantage et menace de césarienne pour aller plus vite.
Mais on va la trouver cette maternité qui se sent le courage d'accueillir un accouchement de jumelles tout en nous laissant la liberté de vous accueillir dans le plus grand des respect possible, le mien pour le vôtre. Je suis confiante. Même si parfois j'ai encore peur.
Cela ne va pas sans sacrifices, tout de même.
- Garder mon premier bébé pendant que je donne la vie au second?
Je crois que votre mère aura les bras assez solides pour te garder alors que je donnerais la vie à ta sœur.
- Une péridurale?
Et pourquoi pas après tout? La porte reste entrouverte à cette éventualité. Mais quand je l'aurais décidé.
Oui parce que s'il y a quelque chose qui me fait peur c'est cette Grande Extaction: que le soignant aille chercher J2 s'il ne veut pas descendre. Me sentirais je le courage, dans ce cas, de me passer d'anesthésie? J'y travaille.
- Je ne veux toujours pas de déclenchement. Ça n'a pas changé.
Je ne veux pas vous faire subir ça, vous expulser de force, de façon aussi brutale sur plusieurs heures.
- Je préfère toujours l'option de la césarienne, et puis tant pis si j'ai pas mon accouchement physiologique. Mais j'aimerais aussi avoir votre mère à mes côtés.
- Et puis si c'est le cas pas de tétées d'accueil. Je compte sur votre mère pour vous porter sur son cœur le temps que je vous rejoigne.
C'est une belle place aussi, vous verrez.
- Très peu de chance que l'on nous laisse sortir rapidement. J'en apprécierais que d'autant plus notre retour à la maison.
Alors à toi, petite farceuse, j'aimerais te dire MERCI.
Merci la Vie.
Je t'aime de nous remettre constamment en question.
C'est comme si tu nous poussais dans nos retranchements pour ressortir le meilleur de Nous.
Pour ouvrir nos cœurs, nos esprits, notre vision encore trop étriqué et catégorique à ton goût.
Pour être de meilleures personnes, de meilleurs parents.